Louisette releva le drap blanc pour que je puisse la voir, puis me laissa seul avec le corps. Elle m'apparut comme dix ans plus tôt, lorsqu'elle me saluait pour la dernière fois sur le quai de la gare de Genève, son parapluie à la main.
Elle portait d'ailleurs toujours le même chignon un peu sévère mais qui lui dégageait délicatement la nuque. Même allongée, elle conservait ce port de tête toujours parfait témoignant de l'éducation stricte à l'anglaise dont elle avait toujours voulu conserver et transmettre les valeurs les plus fondamentales.
Son apparente austérité ne l'empêchait pas d'être douce et aimante. Une des berceuses qu'elle me chantait me revint en tête, l'interpréter pour elle me parût alors la meilleure façon de l'accompagner à mon tour dans son sommeil. Tout en fredonnant les paroles approximatives qui me venaient en mémoire, je lui replaçais derrière l'oreille une mèche défaite de son éternel chignon. Cela me permis de m'attarder sur son visage étonnamment paisible, on pouvait y lire sa vie.
Alors que certains visages expriment soit la tristesse, soit la joie, soit l'ennui, soit l'amour, le sien exprimait tout à la fois. On lisait au sillon de ses narines les contrariétés d'une enfance de privations. On devinait au pincement de ses lèvres la retenue d'une femme qui tient son rang. On retrouvait dans les rides de son front l'inquiétude qu'elle avait pour les siens, et dans ses pattes d'oies les fous rires qu'elle offrait à chacun.
C'est au souvenir d'un de ses éclats de rires que je quittais la pièce pour la laisser se reposer.
lundi 18 février 2008
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